Pour en finir avec l’identité nationale

Ce billet est écrit depuis environ un mois. Il sort un peu de la ligne directrice de ce blog. Et depuis, les choses ont un peu changé. Cela fait parfois du bien de se rappeler.

En novembre dernier lorsque le ministre Éric Besson annonce le lancement d’un grand débat sur l’identité nationale, je crois à une blague. Tellement absurde et grotesque, je m’attends à un rappel à l’ordre rapide du ministre et à un lancement sans fanfare d’une manipulation politique de bas étage que personne ne prend au sérieux. J’avais visiblement tort.

Le débat est parti. Doucement au départ. Les contributions sur le site debatidentitenationale.fr ressemblait plus à un échange de comptoir qu’à la compilation d’un recueil philosophique. On avait également du mal à démêler ce qui semblaient être des pieds de nez au débat lui-même des véritables réflexions de concitoyens avertis.

Entre les sirènes des philosophes qui nous avertissaient pour la plupart de l’inutilité et de la dangerosité d’un tel débat, et l’acharnement du ministère à promouvoir son œuvre, je prenais la voie médiane. Je décidais de sourire. Lancer le débat pour s’en amuser, pour le critiquer, pour s’en moquer. Là encore j’avais tort.

Clarifions tout de suite un point. Je ne suis pas de ceux qui pensent qu’un débat sur l’identité française est inutile. Comprendre son pays, ses origines, ses racines est difficile, long, parfois douloureux. La littérature nord américaine regorge d’exemple, comme Toni Morisson, d’auteurs qui ont eu besoin d’exprimer cette lente et difficile recherche des origines pour mieux comprendre le présent et appréhender l’avenir. Transposer ce débat à la France, qui a elle aussi connu d’importantes vagues de migration et de lentes évolutions sociétales est loin d’être absurde.

Cependant, je reste certain que ce débat n’aurait jamais du rentrer dans le domaine politique. Jamais un ministre, qui plus est du ministère le moins compréhensible que la république possède à ce jour, n’aurait du en jouer aussi ostensiblement qu’il l’a fait. Jamais des sous entendus politiciens n’aurait du mener le débat. Jamais les préfectures, représentations de la république et de son pouvoir, n’aurait du devenir les emblèmes de cette manifestation grotesque. Et les résultats ont été pour le moment désastreux.

En quelques semaines, les réels enjeux du débat ont fait leur apparition. Ce débat politique a atteint en quelque sorte son objectif. Nous en sommes venus à discriminer, à distinguer, à opposer. Etre Français devenait être en opposition. D’abord aux choses anodines, comme lorsque la France entière s’est emparée de la main de Thierry Henry lors du match France-Irlande. Puis à ceux qui nous paraissent moins français. Nous avons d’abord eu la sortie du maire de Musulin, pour qui « on paye 10 millions d’étrangers à rien foutre », « qui vont nous bouffer ». Nous avons eu ensuite la campagne des maires envers les drapeaux étrangers en mairie lors des mariages, avec des phrases digne des heures noires de la France. Puis très récemment, les propos de Nadine Morano, qui même si elle jure qu’ils sont sortis de leur contexte, sont la preuve que le débat ne pouvait en arriver que là.

Je n’essaierai même pas de répondre à ces propos qui valent ce qu’ils valent. Je préfère qu’ils nous servent de leçon. La France a besoin aujourd’hui plus que jamais d’unité. Elle doit faire face avec force et dignité à des enjeux importants qui rythmeront les prochaines années. La crise économique qu’elle traverse est loin d’être finie, et l’année 2010 sera à n’en pas douter une année difficile sur le plan de l’emploi et du pouvoir d’achat. La crise environnementale est présente et la France doit mobiliser les ressources nécessaires pour s’adapter et construire les outils nouveaux qui lui permettront de réduire ses consommations énergétiques tout en étant compétitive et en avance technologiquement. L’enjeu de l’Europe finalement, dont la construction peine à avancer, et on le comprend vu les récents débats français. Sans être seulement un pot commun économique, elle doit réussir à porter la voix des représentants européens au-delà de ses frontières et à discuter plus durement les régulations du commerce international et de sa loi féroce.

M. Besson, il est temps aujourd’hui de mettre un point final à cette mascarade de débat sur un sujet dévoyé. Il est temps de revenir à des sujets importants et fédérateurs. La France et les Français ne méritent pas qu’on les traite avec aussi peu de respect et autant de mépris. Ayez le courage aujourd’hui de cesser un débat qui n’apportera rien. Les discussions de comptoir sont passionnantes sur bien des points. Mais il est des sujets qui ne supportent pas les discussions de comptoir. Notre identité commune en fait partie.

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Classé dans coup de gueule, Non classé, politique

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