Libéralisme et régulation

Un peu de hors sujet cet après-midi, mais un article de The Economist lu ce matin m’a bien plu.

The Economist est un prophète. Prophète du libéralisme de marché et de la grande puissance de l’économie mondialisée. En bon britannique, il guide la voie, avec flegme et pragmatisme. Cependant, la chronique de Charlemagne (le chroniqueur Europe du magazine pour ceux qui ne suivent pas) m’a poussé un peu à réfléchir ce matin, dans le métro.

Pour ceux qui ne maîtriseraient pas l’anglais, l’article peut se résumer ainsi (je ne me lancerai pas dans une traduction complète). L’auteur présente deux cousins. Un hypocondriaque se gavant de médicament et refusant tout exercice physique rencontre un sportif, buveur et bon vivant. Le premier est Français, le second Américain (ou Britannique). Brusquement, l’Américain s’effondre et fait une crise cardiaque. Notre hypocondriaque est alors renforcé dans sa volonté d’éviter à tout prix l’exercice physique. Remplaçons le sport par l’économie de marché. Puis déroulons un argumentaire sur le refus par un certain nombre de pays européens des règles du marché. Et leurs difficultés continuelles, même avant la crise.

Postulat, important, je ne suis pas un profond libéral. Je lis The Economist régulièrement, comme magazine à la pointe de l’information internationale. Je ne suis pas toujours d’accord avec leurs visions économiques.

Je ne me suis donc point étonné ce matin des conclusions de l’article. Et comme beaucoup de mes compatriotes, je me suis dit au fond de moi qu’il y avait un peu de vrai là dessous. Les dépenses publiques françaises sont très importantes, la dette est un problème bien antérieur à la crise et le refus de l’économie de marché semble un atavisme ancré depuis plusieurs générations.

Mais un point tout de même pique ma curiosité. Plus encore que la simple économie de marché, ce que craint l’hypocondriaque – et je m’associe à lui sur ce point – c’est la crise cardiaque. Et filant la métaphore du magazine britannique, il est évident qu’elle est en partie due au caractère buveur et bon vivant de notre alter ego.

Bien évidemment le libéralisme économique est un objectif noble. Il apporte souplesse, croissance et confiance à la société en lui permettant une économie de marché complète et avantageuse pour le consommateur (qui bénéficie de la concurrence) et les producteurs (qui bénéficie de la liberté d’entreprendre). Mais ce que nous a montré la crise, c’est aussi que les dérives du libéralisme sont nombreuses et ont des conséquence catastrophiques.

Un article plus court, publié la semaine dernière dans le même magazine faisait état de la faible activité économique enregistrée aux Etats-Unis au cours des années 2000. Cette décennie s’est terminée par une crise immobilière sans précédent et une crise sociale qui vient à peine de commencer. Ces années correspondent en parallèle à une augmentation importante des revenus financiers (il suffit de lire les papiers d’Augustin Landier sur le sujet, alors qu’ils sont très libéraux). Comment s’empêcher d’y voir ne serait-ce qu’une corrélation ?

Changer de manière brutale l’ensemble des constructions sociales peut s’avérer dangereux. Et finalement diluer ces réformes dans le temps tel que le fait le gouvernement est sûrement une solution bien plus réfléchie qu’il ne semble. Ce qui manque encore pour que l’hypocondriaque y croit et se mette à courir, c’est une bonne dose de règles. Les dérégulations ont été telles sur certains secteurs qu’il ne sait même plus ce que cela lui a rapporté. Et après avoir vu son cousin s’effondrer, il ne voudrait pas se lancer dans la course et être la première victime.

Etre averse au risque n’est pas toujours une mauvaise chose, n’en déplaise aux parieurs ambitieux.

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Classé dans Economie, ma vie

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