Bad Lieutenant

ou l’envie pressante de prendre un rail et un .44 magnum

Une affiche assez moche, mais il faut creuser

Werner Herzog prouve, s’il en était encore besoin, qu’il est un grand, très grand cinéaste. Scénario hollywoodien tordu allègrement, transgression des genres qui nous manquait depuis un certain temps chez Nicolas Cage et surtout psychédélisme barré sur fond de monde apocalyptique. Bad Lieutenant vous plonge dans l’effroi et le comique démesuré en même temps. Si bien qu’en sortant vous oubliez presque qu’il s’agissait finalement d’un policier.

Le scénario ne comporte pas trop de risques de spoilers. Ce n’est d’ailleurs pas un thriller, mais un authentique polar noir. Crime horrible dans une Nouvelle-Orléans dévastée. Meurtre froid et sanglant, impliquant des enfants. Le nom du meurtrier arrive très vite, mais comme souvent on se confronte au manque de preuves. On sent venir la confrontation pour dominer et faire tomber le mal. Rétablir enfin le bien, reconstruire une lueur d’espoir dans le chaos.

Un baptême initial et initiatique ?

Cela sonne bien. Cela semble moral et altruiste. Mais Bad Lieutenant est tout sauf un film moral et altruiste. Cette histoire de meurtre n’est qu’un prétexte. Elle s’efface entièrement devant ce fameux Lieutenant. Drogué, combinard, joueur, provocateur. A l’extrême. Et pourtant toujours là, avec des idées fixes et un énorme flingue (un .44 magnum).

.44 Magnum. Prend de la place malgré tout

La drogue tout d’abord. Omniprésente. On nous présente un policier, qui lors des inondations a risqué sa vie pour sauver un prisonnier. Il en est ressorti avec une promotion et une colonne vertébrale défoncée qui annonce de longs mal de dos. Voilà pourquoi Terrence serait accroc. Mais il n’est évidemment pas que dépendant à la Vicodine (Hommage à Docteur House). Tout y passe : cocaïne, héroïne, antidépresseurs, anti-inflammatoires. A tel point qu’on ne sait souvent pas si on est dans le réel ou dans l’imaginaire. Si les séquences qui se répètent font l’objet d’un fantasme ou d’une simple volonté débordante de violence. Le Lieutenant aime se défoncer la gueule et nous le suivons allégrement dans son trip pendant tout le film.

Sans compter ses autres vices. En premier lieu les femmes. Il sort quand même avec Eva Mendes. Une sorte de déesse sortie de nulle part dans ce chaos qu’elle la Nouvelle-Orléans. Elle vit d’ailleurs en hauteur, imprenable, intouchable, immaculée. Simple défaut, Frankie est prostituée. Terrence le sait et s’en fout. Il joue avec cette réalité. Il la dépasse en permanence. Si bien que Frankie et plus que sa petite amie. C’est sa confidente.

Vous avez besoin d'autres arguments pour aller voir le film ?

Son autre vice, c’est le jeu. Le jeu brut. On met de l’argent en compliquant les paris pour ramener plus. Le jeu sans réflexion, sans recul. Brut, un peu comme l’ensemble du Lieutenant dans son œuvre.

Difficile de parler de ce film sans évoquer Nicolas Cage. Si comme moi vous êtes trop jeune pour connaître toute sa filmographie des années 90, vous l’avez souvent identifié aux nanards dans lesquels il a joué dans les années 2000 (Ghost Rider et Benjamin Gates pour ne citer qu’eux). Cage fait partie de ces acteurs au physique inchangeable, éternel jeune homme ou gendre idéal. Et il donne ici une prestation parfaite se transformant petit à petit en toxico cinglé prêt à tout. Toujours à la limite de la schizophrénie, mais toujours crédible lorsqu’il arrive dans les locaux du commissariat.

Lieutenant. Cage. Vierge Marie. Herzog

Un tout petit mot aussi pour Val Kilmer. Lui a depuis longtemps perdu son statut de gendre idéal. Il faut même avouer que le physique s’est un peu arrondi. Malgré le tout petit rôle qu’il tient dans le film, son personnage d’ordure complète m’a terriblement marqué.

Oui, Bad Lieutenant n’affiche aucune réflexion sur la morale ou le bien fondé de la police. Ce n’est pas un film pour nous appitoyer sur le sort de la Nouvelle-Orléans ou des reptiles du Sud-Est Américain. Bad Lieutenant est un film brut qui vous emmène dans un voyage terrible et effrayant. Mais avec une bonne dose d’humour, et un .44 magnum, tout est possible.

PS : Je sais qu’il existe un « Bad Lieutenant » de A. Ferrara avec Harvey Keitel. Je n’ai juste pas eu le temps de le voir. C’est au programme de la semaine.

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1 commentaire

Classé dans Cinema

Une réponse à “Bad Lieutenant

  1. locogitatio

    Effectivement, N. Cage a quand même joué dans de grands films (La Cité des anges, 8 millimètres, The Rock, The Wicker Man et j’en passe) mais dernièrement il est vrai qu’il enchainait les films de merde ( encore que les « Benjamin Gates » s’adressent finalement à un public plus jeune et moins exigeant). Heureusement avec ce film ça redore un peu plus son blason.

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